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Capter l’essence du mouvement
29 septembre 2009 in Étude anatomique | Tags: anatomie artistique, Comment dessiner le mouvement, Danse, dos | 2 commentaires
Comment traduire le mouvement en une image fixe, immobile ?
Un défi que rencontre beaucoup d’illustrateurs et de dessinateurs de bande dessinée.
Dans certaines anciennes académies de peinture, il était déconseillé de peindre un « instantané » de mouvement réel, sous prétexte que le mouvement en pleine action était considéré comme peu esthétique et qu’il nuisait à l’harmonie du tableau.
Il est vrai que nombre de clichés photographiques de mouvements saisis en plein vol peuvent avoir l’air disgracieux. Prenons un mouvement danse par exemple, qui sur scène parait totalement fluide et harmonieux. Les instantanés figés de ce même mouvement capté sur film peuvent heurter l’œil, les corps y apparaissant crispés, tendus sous l’effort, et même déformés selon l’angle de vue. La composition des images isolées et figées semble maladroite et ne réussit pas à traduire la beauté du pas de danse.
Ce pourquoi, dans les académies de peinture, il était recommandé de suggérer le mouvement par une pose fixe et stable que l’artiste prenait soin d’harmoniser visuellement pour qu’elle traduise l’action tout en étant gracieuse en elle-même. Un peu comme un mime peut suggérer minimalement une action sans réellement l’exécuter. Il en résulte une composition plus théâtrale et moins fidèle à la réalité extérieure.
L’apparition de la photo, ainsi que la naissance de nouvelles disciplines artistiques comme la bande dessinée et le dessin animé, ont suscité le besoin de traduire des interprétations plus réalistes des mouvements, tout en demeurant visuellement harmonieuses et crédibles.
Comme dans toutes disciplines, il n’y pas de truc instantané, c’est avant tout une question de pratique.
L’approche reste toujours la même pour traduire harmonieusement un mouvement comme une pose : voir simple. La simplicité du regard, savoir capter les lignes essentielles du sujet, permet de communiquer plus directement et efficacement ce qui est perçu. De la même façon qu’un journaliste réussira à mieux communiquer une nouvelle s’il sait en décoder l’essentiel.
Pour traduire spécifiquement le mouvement du sujet, la clé est dans le mouvement même de la main qui dessine. Chaque mouvement du corps est un élan de confiance, un saut dans le vide. Si le dessinateur a peur et qu’il s’accroche aux apparences, ayant la ferme impression que s’il lâche celles-ci il va tomber dans des gouffres obscurs et sans fond, il pourra difficilement rendre l’action représentée. Le geste risque de prendre la couleur de sa propre peur et réserve, de son propre immobilisme figé, à l’image celui d’un enfant qui n’oserait s’élancer du plongeoir.
Ce n’est pas une question de vitesse. Beaucoup s’imaginent, en voyant la virtuosité de certains dessinateurs à l’œuvre, que si ils dessinent à toute vitesse cette virtuosité va leur sortir des doigts. C’est plutôt une question de foi, de confiance en l’incarnation du geste par la main.
Dessinez de façon fluide, en évitant de vous arrêter pour analyser et juger. Dessinez comme d’autres dansent ou s’élancent sur la patinoire, le mouvement conduisant au mouvement. Alors que l’immobilité craintive et le questionnement amènent d’autres questions et d’autres raisons de ne pas sortir de l’immobilisme.
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